Encore une planète habitable, peut être la bonne?

Régulièrement, parfois plusieurs fois par an, les astrophysiciens nous annoncent la découverte d’une ou de plusieurs planètes habitables, mais le sont elles vraiment? A l’heure ou j’écris circule une information comme quoi une jumelle de la Terre, située dans la zone habitable de son étoile serait sur le point d’être annoncée. Je vous propose de revenir sur les différentes annonces qui ont été faites depuis la découverte des premières exoplanètes.\n\nDécouverte en 1996, 70 Virginis b fait partie des premières exoplanètes jamais annoncées. C’est une immense géante gazeuse sept fois et demi plus massive que Jupiter… Alors que diable fait-elle sur cette liste? Hé bien elle a été annoncée comme la première exoplanète orbitant dans la zone habitable de son soleil, ses hypothétiques lunes ou troyens auraient pu donc être habitables. Il a ensuite été démontré que l’étoile était plus éloignée de nous et plus lumineuse que prévu, 70 Vir b s’est donc retrouvé trop chaude. C’est donc à HD 28185 b, découverte en 2001 que revient le titre de première exoplanète orbitant dans la zone habitable de son étoile.\n\n

Vue d'artiste de PH2/Kepler-86 b du point de vue d'une hypothétique lune.
Vue d’artiste de PH2/Kepler-86 b du point de vue d’une hypothétique lune. Crédit: H. Giguere, M. Giguere/Yale
\n\nOn connait aujourd’hui une quarantaine de planètes de ce genre, l’une d’entre elles a même été découverte par des internautes, il s’agit de PH2/Kepler-86 b. A une époque ou l’on ne découvrait que des jupiters chaudes et où les exoplanètes de faible masse faisaient encore partie de la science fiction, HD 28185 b était une petite lueur d’espoir: si l’on était encore incapable de découvrir des petites planètes, au moins étaient on capables d’en découvrir à la bonne position. Et puis qui sait, des lune habitables comme Pandora dans Avatar existent peut être quelque part? Aujourd’hui nous savons que, malheureusement, les lunes de ce genre sont rares voire inexistantes.[1]\n\n
Vue d'artiste de GJ 581 d
Vue d’artiste de GJ 581 d. Crédit: Debivort
\n\nPuis arrivèrent les super-terres. Ces planètes que l’on sait aujourd’hui très nombreuses dans l’Univers n’ont aucun équivalent dans notre système solaire, alors sont elles telluriques ou gazeuses? Lorsque l’on ne connait que la masse de l’astre, les deux hypothèses se valent. GJ 581 c a fait parler d’elle en 2007 mais s’est finalement révélée plus chaude que Vénus. Par la même occasion, sa voisine autrefois considérée comme trop froide, GJ 581 d la remplace sur le podium. Elles sont aujourd’hui 6 à 12 à avoir été découvertes par la méthode des vitesses radiales, qui ne donne que la masse de la planète. Il faudra attendre 2011 pour que la première super-terre en zone habitable soit découverte par la méthode des transits avec l’annonce de la découverte de Kepler-22 b. Là encore les données sont fragmentaires, on ne connait que le rayon de ces planètes. La plus prometteuse est Kepler-62 f en raison de son petit rayon.\n\n
Vue d'artiste de Kepler-62 f.
Vue d’artiste de Kepler-62 f. Crédit: NASA Ames/JPL-Caltech
\n\nLes récentes mesures de densité d’autres super-terres sont pessimistes[2][3][4]: la majorité seraient gazeuses, ressemblant plus à Neptune qu’à la Terre. Les dernières annonces en date sont passées dans une certaine indifférence. La découverte de ces astres nous montre que l’on s’approche de la véritable jumelle de la Terre mais d’un autre coté, toutes ces planètes semblent fondamentalement différentes de la notre. Et le plus frustrant est que même ça on ne peut pas le démontrer tant que l’on n’en a pas découvert une dont on puisse mesurer et le rayon et la masse!\n\n
Liste des exoplanètes potentiellement habitables selon le HEC (Habitable Exoplanet Catalog).
Liste des exoplanètes potentiellement habitables selon le HEC (Habitable Exoplanet Catalog).
\n\nQu’en est il de cette nouvelle planète, qualifiée de jumelle de la Terre dont on entend parler? Sa découverte a été annoncée par Thomas Barclayle 19 mars dernier lors de la conférence EBI2014 (pour Exoplanets, Biosignatures and Instruments 2014) dans une présentation intitulée « The first Earth-sized habitable zone exoplanets » soit en français « La première exoplanète de taille terrestre en zone habitable« . L’information a été relayée sur Twitter par Kim Bott et Nick Ballering.\n

twitter

\nSoit en français « Barclay montre un nouveau système transitant autour d’une naine M. 5 planètes dont la plus externe (1.1 Rt) est près du bord externe de la zone habitable. » Et « Merci à Barclay pour son aperçu de la nouvelle exoplanète en HZ de 1.1 Rt. Je suis impatiente de lire la publication.« \n\nMalheureusement la vidéo de la présentation n’est pas disponible et le nom de la planète n’a visiblement pas été divulgué. Peut-on en savoir un peu plus malgré cela? Hé bien oui! Barclay travaille beaucoup sur les données du télescope spatial Kepler, c’est donc parmi les candidats dénichés grâce à cet engin qu’il faut chercher la bête. En faisant une recherche parmi les candidats non confirmés sur le NASA Exoplanet Archive et en classant les résultats par température d’équilibre croissante on tombe très vite sur KOI-571.05. Ce candidat se trouve effectivement près de la limite externe de la zone habitable de son étoile, qui est une naine rouge d’après ses caractéristiques. Son rayon (1.1 Rt) correspond aussi, de même que son numéro de candidat (.05) indiquant qu’il y a au moins 5 candidats pour la même étoile. Une autre recherche montre que l’étoile KOI-571 est aussi connue sous le nom Kepler-186 et que 4 de ses candidates ont été confirmées.\n

    Références:\n

  1. The Hunt for Exomoons with Kepler (HEK): II. Analysis of Seven Viable Satellite-Hosting Planet Candidates (David M. Kipping et al. 2013)
  2. \n

  3. Density and Eccentricity of Kepler Planets (Yanqin Wu et Yoram Lithwick 2012)
  4. \n

  5. Masses, Radii, and Orbits of Small Kepler Planets: The Transition from Gaseous to Rocky Planets (Geoffrey W. Marcy et al. 2014)
  6. \n

  7. The hunt for exomoons with Kepler (HEK): IV. A search for moons around eight M-dwarfs. (David M. Kipping et al. 2014)
  8. \n